Louise Dimanche 12 septembre
Le temps passait vite à ses côtés. Beaucoup trop vite. Dans une heure, tout au plus, je devrais repartir en France, seule, le c½ur désolé, dans cet appartement lugubre avec une fille qui ne ressemblait même plus à l'amie que j'avais connue autrefois. Et puis j'attendrais. J'attendrais que le temps passe pour pouvoir le revoir encore une fois. Et la fois d'après. Et ce serait une boucle infernale. Mais pour rien au monde je n'aurais voulu la briser. Certes, il ne serait pas à mon côté tous les jours, ce serait difficile de vivre sans lui mais tout comme ce week-end, lorsqu'on se reverrait ce serait une renaissance.
Je m'affairai à boucler mon sac, empaquetant les derniers vêtements qui traînaient dans la chambre de Bill. Le studio était vraiment très bien équipé : une salle de bain par chambre, une grande cuisine, une salle de relaxation, un énorme salon pourvu d'un grand écran plasma et de divers jeux vidéos, puis le plus important la salle d'enregistrement et une salle de répétitions. A ce qu'ils m'avaient raconté, ils en avaient plusieurs comme ça en Allemagne, un à Paris aussi et à Londres. Rien que ça pour ces Messieurs ! Alors hier j'ai passé la soirée à visiter tout cet énorme studio puis à parler dans le salon avec les garçons. Sauf un, évidemment. Qui m'évitait et m'ignorait royalement bien sure. Il a manifestement peur que je lui fasse la morale. Malgré tout, je ne baissai pas les bras.
- Bill, sais-tu où est Tom ? demandai-je à l'intéressé
Il se retourna, surpris.
- Euh dans sa chambre, je suppose. Sauf qu'il s'est certainement barricadé pour éviter de te voir...ce n'est pas contre toi, je t'assure.
- Je sais. C'est contre Charlotte. Et ce petit jeu commence à bien faire. Tom est ici, à quelques mètres de moi et je ne serai pas une vraie amie si je n'essayais pas d'aider Charlotte. Je lui ai dit que je ferais tout pour lui parler, alors je le ferais.
- Oui, je comprends.
Il s'approcha de moi, me prit les mains et m'embrassa légèrement sur le front, comme une plume qui vient vous chatouiller.
- Je sais que tu trouveras les bons mots.
Puis ses lèvres glissèrent le long de mon nez, ma joue, pour finir par se poser sur mes lèvres. J'aurais pu rester ainsi des heures, sans bouger, me laissant juste faire. Mais Charlotte ne pouvait pas attendre. J'hottai mes mains de son cou et desserrai les siennes de ma taille pour qu'il me lâche.
- Souhaite moi bonne chance. Je vais avoir besoin d'une bonne dose !
- Bonne chance. Murmura-t-il
Puis je sortis. La chambre de Tom était à l'autre bout du couloir, un peu isolée de celle des autres. Je toquai vivement. Aucune réponse. Je renouvelai les coups. Idem.
- Tom ! Ouvre moi, c'est important !
Une minute s'écoula, pendant que j'attendais comme une idiote devant la porte close.
- Espèce de tête de mule tu vas m'ouvrir oui ? Ca t'es peut être indifférent que Charlotte souffre alors ?
Mais je dialoguai avec un sourd apparemment. Ou alors il n'était réellement pas là. Je décidai de le chercher un peu partout. Au bout qu'une bonne vingtaine de minutes je le trouvai enfin dans la salle de répétitions, lui seul avec sa guitare, lumière légèrement tamisée. Il ne m'entendit pas entrer derrière lui. Il jouait un morceau encore inconnu à mon oreille, une jolie mélodie mélancolique, voire triste. Lorsqu'il eu terminé, je brisais le silence.
- Très joli, Tom ! dis-je tout en applaudissant
Il sursauta, surprit de me trouver ici. Il me reluqua de la tête aux pieds, ne disant mot, lèvres pincées et regard vide. Puis ses traits s'animèrent enfin. Ses pupilles devinrent noires de colère, ses yeux lancèrent des éclairs.
- Qu'est-ce que tu fais là ? railla-t-il, mauvais
- Je te cherchais. Il faut qu'on parle absolument répondis-je sur le même ton, agacée
Il lâcha sa guitare, et se leva en direction de la sortie.
- Désolé, on n'a rien à se dire. Je ne vois pas que quoi on peut parler...
- Ah ? Tu ne vois pas ? Attends je vais t'éclairer un peu ! m'indignai-je tout en le suivant. Tu te souviens, une fille que tu prétendais aimer de tout ton c½ur il y a moins d'un mois, que tu avais juré ne jamais quitter. Elle s'appelait comment déjà ?
- Louise, ferme la ! s'emporta-t-il soudain
Je le coupai.
- Oh oui, ça me revient...Charlotte ! Quel joli prénom non ? Un prénom de poupée un peu. D'ailleurs n'est-ce pas ainsi que tu l'appelais ? « Poupée » !
- Ta gueule ! Lâche moi ! hurla-t-il à son tour, furibond
Mais je continuai, indifférente.
- Et justement, tu as joué avec elle comme on joue avec une vulgaire poupée de chiffon. Sauf que tu as trop joué avec, et t'as fini par la casser ! Ce n'est pas un jeu, Tom. On ne peut pas jeter les gens comme de vulgaires mouchoirs de papier usagés. Les sentiments, tu connais ?
Pas de réponse, il continuait à me fuir. Ou bien peut être pas moi. Mais la vérité que je lui crachais à la figure. Il marchait vite, courant presque. Il n'osa pas croiser mon regard.
- Dans ce cas, je vais répondre pour toi. Non, tu ne connais pas ce que signifie le mot « sentiments ». Tout ceci t'est totalement indifférent. Et l'amour. Ohlala je n'ose même pas imaginer ce que tu en penses. En fait, tu ne sais même pas ce que c'est. Tu...
Il se stoppa net, me fit face et me coupa.
- Tu n'en sais rien ! s'emballa-t-il. Tu me fais la morale comme si tu savais tout, comme si tu connaissais tout de la vie tout ça parce que tu as mon frère dans ta vie ! Mais c'est plus compliqué que tout ton minable discours ! Toi ! Toi, tu ne sais pas ce qu'est l'amour ! Ce n'est pas si facile que ça. Pour toi dès qu'on ressens des sentiments envers une personne et que c'est réciproque ça y est c'est l'amour, le grand, le vrai et on devrait vivre avec cette personne toute notre vie. Mais c'est justement plus complexe que çà la vie !
- La preuve que tu n'as rien compris ! Moi qui pensais au début que tu avais coupé contact avec elle parce que tu voulais
réfléchir sur tes sentiments envers elle. Mais maintenant je comprends. Tu es resté le même et tu resteras toujours le même, Tom. Pour toi il est inconcevable d'aimer
une personne et de s'en tenir à cette même personne. Bien sure je ne te demande pas de t'engager maintenant à vie, on est jeunes mais il faut toujours que tu ailles voir ailleurs, tu me dégoûtes. Tu n'auras jamais de relation, de vraie relation. Les coups d'un soir vont finir par te lasser tu verras. Et quand tu te rendras compte qu'il te manque cette petite chose dans ta vie, il serra trop tard. Mais maintenant j'ai compris et je sais qu'il n'y a plus aucun espoir. Je ferais tout pour qu'elle t'oublie le plus vite possible, qu'elle revive normalement, qu'elle soit même encore plus heureuse sans toi. Je lui ferais comprendre qu'elle n'a rien perdu, mais au contraire tout gagné. Tu ne la mérites pas ! aboyai-je toujours aussi furibonde
- Si tu crois que tu mérites mon frère! Le jour où il t'a rencontré il aurait mieux fait de se casser une jambe ! éclata-t-il de rage
Ca en revanche, ce fut un coup de poignard en plein dans le c½ur. Il m'avait fait un coup bas. Il m'a atteint là où je ne pouvais lui résister. Là où il était le plus fort. Mes yeux, noirs de rage quelques secondes plus tôt, se remplirent alors de larmes et cherchèrent dans ses yeux quelques traces de repentit. Mais rien. Il l'avait dit, et réellement pensé.
Puis il tourna les talons vivement, furieux. Je restai seule là où l'on s'était arrêtés après notre course c'est-à-dire dans le salon. Je me laissai tomber dans un des canapés, assommée par le choc de ces paroles et me laissai aller, pleurant à chaudes larmes.
Des pas vinrent en ma direction mais je ne vis pas de qui il s'agissait. J'avais toujours les mains plaquées contre mon visage. Puis cette personne s'assit à mon côté, passant son bras autour de mes épaules et poussant ma tête contre son torse. A l'odeur, je reconnus Bill. Cette odeur, j'aurais pu la deviner entre milles. Il me serra fort, me couvant presque tout en me berçant pour me calmer. Pour calmer les larmes qui coulaient toujours aussi fort. Il ne posa aucune question, attendant que je me calme pour cela. Je me laissai aller dans ses bras, me laissais bercer doucement et son souffle chaud sur ma nuque m'apaisa. Au bout d'une dizaine de minutes, les larmes cessèrent. Les yeux me piquaient, la fatigue m'apparut. Et je sombrai dans son étreinte, alors que j'aurais du déjà être partie à ce moment ci.
Charlotte Le week-end n'avait pas été aussi catastrophique que je l'aurais pensé finalement. Je pensais que j'aurais été seule, broyant mes idées noires dans n'importe quel alcool que j'aurais eu sous la main et fumant des herbes aussi diverses qu'inconnues. Mais ça ne s'était pas passé ainsi. J'ai eu de la visite. Une très bonne visite à laquelle je ne m'étais certainement pas attendue. Une excellente surprise qui me redonna le sourire pour deux jours. Je n'aurais jamais cru qu'une seule personne aurait eu un tel pouvoir de me remonter le moral. Cet homme ci. Oui, c'était un homme. Mais pas n'importe quel homme. Ni une connaissance, ni un compagnon, ni une relation de travail d'été, ni un camarade de classe, ni un bon ami. Mieux que ça. Un proche. Mon
frère. Mon frère que je n'avais pas vu depuis des années car il étudiait loin. Au Canada plus précisément. Il s'appelait Yoan et avait 25 ans. Mon demi-frère en réalité. Mais pour moi, c'est comme si c'était mon frère à part entière. Nous avons toujours été très proches, depuis tout petits. Mais à la suite d'une énorme dispute avec mon père et sa mère, il était partit. Et ça faisait depuis trois ans que je ne l'avais plus vu. Aucune nouvelle. Pas de numéro de portable où le joindre. Aucune idée de ce qu'il avait fait de sa vie. Ni même s'il été encore vivant. Et à présent il était là, chez moi et on rattrapait tout le temps perdu. Il m'avait donc raconté qu'il avait commencé à chercher un appartement en France et chercher des études mais rien de concluant. Il avait passé quelques vacances au Canada et avait rencontré la future femme de sa vie. Il vivait donc avec elle depuis deux ans et était sur le point de finir ses études de droit pour devenir avocat. Ainsi donc, sa vie était devenue idéale. Il avait atteint tous ses rêves et moi ma vie était un champ de ruines. Sur ce point là, on ne peut pas dire qu'on se ressemblait beaucoup. Il était en France pour justement me revoir. Il avait fait l'effort d'aller voir mon père et sa mère et de se réconcilier avec eux tout ça dans le but de savoir où je vivais à présent. Et il avait trouvé mon appartement. Enfin, celui de Louise et moi. Je lui avais alors tout avoué. Et il était furax contre Tom. Du coup, lorsque Louise avait appelé il avait été désagréable. A l'heure qu'il était, comme je la connais, elle était déjà en train de se faire un sang d'encre, se demandant qui était cet étrange garçon. Elle ne pouvait pas se douter que c'était mon frère, elle ne connaissait pas son existence. Je ne lui en avais jamais parlé.
Mais malheureusement le week-end touchait à sa fin et il devait déjà bientôt prendre son avion. Louise ne tarderait pas à rentrer non plus. Il enfila sa veste et passa la sangle de son sac au dessus de son épaule.
- Bien. Je vais devoir y aller. Bon, tu sais que je n'aime pas les au revoirs alors viens là.
Et il me serra fort dans ses bras. A ce même moment la porte s'ouvrit et se claqua.
- Charlotte ? Je suis rentrée ! fit une voix anxieuse
Yoan desserra son étreinte pour faire face à Louise. Lorsqu'elle le vit, elle passa par divers sentiments. D'abord la surprise, puis la peur et enfin de la méfiance.
- Qui es-tu ? le questionna-t-elle
- Je me présente, je m'appelle Yoan et je suis le frère de Charlotte dit-il en tendant la main.
Elle lui serra la main mais resta bouche bée.
- T'as un frère ? me demanda-t-elle
- Et oui. Je ne t'en avais jamais parlé mais effectivement j'ai un frère. Il habite au Canada.
- Et d'ailleurs si je ne m'en vais pas maintenant, je vais rater mon avion. Au revoir Louise, ça été un plaisir de te rencontrer. Charlotte, viens dans mes bras. Un dernier câlin pour la route. J'essaierai de revenir en France le plus vite possible je te le promets.
Je le raccompagnais vers la porte et il partit. Je me retrouvais de nouveau seule avec Louise. Pour la première fois depuis que Tom était partit, je parlais enfin normalement avec elle. Je me confiais, lui racontais dans quelles circonstances Yoan était partit, quand, pourquoi, que faisait-il à présent etc. Bref, j'étais heureuse de partager ce moment avec elle. Tellement que je ne lui demandai même pas comment c'était passé son week-end. En tant qu'amie j'aurais peut être du. Elle avait une drôle de mine. Certes, elle paraissait heureuse d'avoir revu Bill mais il y avait manifestement quelque chose qui la tracassait et la chagrinait.
Maintenant que je me sentais un peu mieux (pour cette soirée tout au plus car je savais que ça ne durerait pas) , je pouvais me concentrer sur les soucis de Louise.
- Et toi, raconte moi comment s'est passé ton week-end !
- Super super...me répondit-elle pas très convaincante ni convaincue elle-même par ce qu'elle venait de dire
- Arrête de me mentir. Je sens très bien que quelque chose ne va pas. Raconte moi tout ! Et profites en, ce soir je suis en état d'entendre les problèmes des autres, c'est assez rare en ce moment plaisantais-je
- Si, avec Bill tout s'est extrêmement bien passé ! Je suis très heureuse de l'avoir revu et il me manque déjà. Seulement...c'est avec quelqu'un d'autre que ça s'est mal passé...
- Oh. Je vois... Explique !
- Je ne crois pas que...
- C'est bon ! T'inquiète pas j'assumerais tout ce qu'il t'a dit à propos de moi. Il le faut bien de toute manière, rien ne sert de se voiler la face hein ? Allez, raconte.
Et elle me raconta tout. De A à Z. Et cette fois, je pouvais réellement dire que j'étais
mal. De une il avait été horrible avec moi en me traitant comme la dernière fille qu'il aurait envie de voir, mais de deux à présent il s'attaquait à mes amies. Je ne pouvais tolérer ça. Jamais. J'ai été suffisamment vulnérable et faible. Je lui ai fait trop plaisir en étant triste pour lui, ou plutôt à cause de lui. A présent j'allais être une battante et il allait tout regretter. Yoan a réussi à me montrer un autre envers du décor. Merci, frérot. Je te promets de me battre jusqu'au bout. Et je triompherais. Il ne sera pas le plus fort.
Bonne et heureuse année 2009 à tous/toutes !